
Récemment, je me suis surprise à ruminer sur la difficulté à découvrir ce qu’on aime dans la vie ; il m’a toujours fallu un moment pour choisir ce que je voulais faire. Dans notre vingtaine, quelle décision que celle de définir ce à quoi on veut que notre vie ressemble. Cependant, je pense qu’il est plus facile de savoir ce qu’on ne veut pas faire ou ce que l’on n’aime pas. Et je crois qu’on est d’accord pour dire que c’est un bon début.
J’ai l’impression d’avoir été régulièrement confrontée à des choix déterminants ces dernières années. J’ai saisi l’opportunité de visiter Los Angeles, tout en mettant ma vie sur le continent en pause , seulement un mois après avoir reçu la proposition. Ce que je ne savais pas, c’est qu’à peine deux mois après le début de ces vacances, je déciderais de m’installer dans cette ville et de changer ma vie radicalement.
Je ne pourrai jamais regretter ce choix. Vivre aux États-Unis m’a permis de prendre conscience de mes capacités et de faire face à de nombreuses peurs. Mais cela a aussi créé de nouvelles angoisses, dont je ne suis consciente que depuis peu.
Ce que je veux dire ici, c’est que je pense savoir ce que je ne veux pas. Comme je sais que l’école n’a jamais été faite pour moi et qu’elle ne me convient pas en ce moment, j’ai dû affronter ma misère et me confronter à ce besoin d’agir pour aller mieux. Et malgré la nécessité de l’école pour me permettre de rester à Los Angeles, j’ai dû accepter l’idée que quitter les États-Unis semblait être ma seule option.
Je ne pouvais pas arrêter de penser à cette idée une fois qu’elle soit apparue dans mon esprit. Parce qu’à quoi ressemblerait ma vie une fois de retour sur l’île ?
Lorsque j’ai voyagé à Los Angeles pour la première fois, je n’avais pas l’envie particulière de venir. J’ai fini par le faire parce que, sur le papier, ça semblait être une très bonne idée. Tout ça simplement parce que j’ai eu la chance d’être invitée. Ce qui explique pourquoi j’ai eu la sensation de ne pas être venue ici entièrement de mon plein gré. Ne vous méprenez pas, j’étais et je suis toujours extrêmement heureuse d’avoir accepté l’invitation, d’avoir saisi l’opportunité quand elle s’est présentée. Et je ne le regretterai jamais, évidemment.
J’avais aussi très peur lors de cette première visite, car je ne savais pas si je m’acclimaterais à une ville aussi vaste que Los Angeles. Je pensais que j’allais rapidement me sentir submergée. Et ça a été le cas, mais dans un sens plus positif que prévu. Je suis toujours étonnée de la vitesse à laquelle je me suis intégrée. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Je ne savais pas ce que je ferais ici. À quoi ma vie quotidienne ressemblerait-elle ? C’était donc encore plus surprenant de m’habituer si vite à mon nouveau rythme de vie ici. Être à Los Angeles m’a façonnée, si ce n’est changée radicalement. J’ai l’impression d’avoir une toute nouvelle vision de la vie en général, et particulièrement de ce qu’il se passe dans la mienne.
J’en ai parlé récemment dans une vidéo que j’ai publiée sur YouTube à propos de mon expérience ici. Mais il est toujours important pour moi de souligner à quel point j’ai évolué ici. Mon expérience dans la scène punk/underground est probablement l’une des meilleures choses que j’ai vécues jusqu’à présent. Je suis tellement heureuse d’avoir eu la chance d’être entourée de personnes si talentueuses durant mon séjour à Los Angeles. Partager du temps avec eux a été un plaisir, et j’ai hâte de voir ce que l’avenir réserve à chacun d’entre eux. Ces moments ont joué un rôle crucial dans le façonnement de ma perspective créative et continueront de le faire.
Pour moi, le point le plus positif de vivre dans une nouvelle ville, c’est la découverte. Que ce soit les lieux (même si je n’ai pas fait la plupart des « choses touristiques »), les gens, l’argot, les expressions, ou encore la réputation de certains endroits, etc. Je me vois comme une grande exploratrice. Autrement dit, je suis vraiment aventureuse ; j’ai toujours aimé apprendre. Voyager est l’un des meilleurs moyens de nourrir sa réflexion. Alors, après être tombée amoureuse de ce qu’on m’a présenté ici, j’ai décidé de m’installer à L.A. et de commencer une nouvelle vie.
Cependant, je pense être arrivée à un point où l’excitation de la découverte s’est estompée après m’être habituée à ma vie ici, et la routine s’est installée. Ajoutez à cela une santé mentale tangible, et pouf ! Tout commence à paraître laid, et peu de choses vous excitent vraiment.
Cela m’amène également à parler du côté négatif de la découverte : le sentiment d’ignorance face à certains sujets de discussion. Je ne vais même pas mentionner les problèmes liés à la barrière linguistique. Même si je me sens à l’aise dans le rôle d’auditrice, lorsque cela devient récurrent, il devient difficile de ne pas se mettre de côté et de rester indulgente envers soi-même pour ce que l’on ne sait pas. Être ignorante ne signifie pas être stupide.
Et j’ai fini par me sentir seule en ma propre compagnie, ce qui m’a fait réaliser que quelque chose n’allait pas, car même être entourée ne m’aidait pas à réguler ce sentiment de solitude. Peut-être que cela est un signe qu’il est temps pour moi d’arrêter de fuir mes problèmes personnels et de commencer à faire la paix avec eux. Je pense donc qu’il y a aussi du bon dans ma décision de rentrer chez moi. Je n’ai pas encore déterminé si je suis plus chanceuse ou non de ressentir qu’il y a un plus grand nombre de raisons me poussant à rentrer en Corse que de raisons me retenant à rester à Los Angeles.
Le détail terrible à propos de quitter ma vie ici, c’est que je sais pertinemment que je vais le regretter d’une manière ou d’une autre, notamment pour les choses qui vont me manquer. Par exemple, mes amis. Je n’ai personne en Corse—du moins personne avec la même connexion relationnelle que j’ai trouvée et construite ici. C’est pourquoi mes relations sont LA chose qui a généré le plus grand débat en moi lorsque je réfléchissais à rester ou non. Bien que cela me brise le cœur de laisser certains de mes amis derrière moi, c’est malheureusement le genre de choix où je ne peux pas penser aux autres. Cela peut paraître égoïste, mais j’ai surtout partagé ma décision dans le simple but d’obtenir du soutien plus qu’autre chose. Je sais que les amitiés à distance sont difficiles, mais elles demandent simplement du travail. Et au moins, j’ai une armée de canapés où dormir si je décide de rendre visite, pas vrai les gars ?
Dans les premiers jours où je débattais avec moi-même sur le fait de partir, je me sentais abattue, comme si rentrer chez moi signifiait recommencer à zéro et que j’avais échoué à m’établir ici. Mais au fond, je sais que c’est faux. Parce que la vérité, c’est qu’on ne recommence jamais vraiment à zéro. On apprend et on grandit constamment pour devenir une nouvelle personne, peu importe ce qu’on fait et où on se trouve. Donc quoi qu’il arrive, je retournerai chez moi telle une nouvelle personne. Une meilleure personne, si j’ose dire.
Le fait est que j’ai aussi hâte de rentrer à cause de certaines choses qui me font me sentir mal ici. J’ai l’impression que, par cette décision, je priorise ma santé mentale. Il est difficile de gérer ses défis de santé mentale en vivant avec d’autres personnes. Cela m’attriste de me sentir peu appréciée dans un endroit où j’ai rencontré la plupart des gens que j’aime le plus dans ma vie. Cependant, je sais sincèrement que certains se battraient pour me faire comprendre qu’ils m’aiment. Mais je crois que c’est simplement l’une de ces choses que je ne peux pas contrôler seule ; j’ai besoin d’aide. J’ai donc pensé qu’arrêter l’école serait un moyen pour moi d’entamer un réel parcours thérapeutique. Et soyons honnêtes, cela sera sûrement encore plus facile pour moi en français qu’en anglais.
Je m’éloigne progressivement du sujet principal ici, mais c’est justifié, car ma santé mentale est la raison principale soutenant ma décision de quitter Los Angeles.
Je pense que retourner en Corse va m’aider à rétablir mon indépendance, ce qui fait écho à beaucoup de croissance pour et avec moi-même. Même sans considérer la possibilité d’une thérapie, je crois que cette décision m’aidera à grandir et à mieux gérer cette transition, tout en me donnant l’occasion d’être plus souvent dehors qu’à L.A. Là-bas, je suis beaucoup plus active qu’en ville. Je marche, je vais en randonnée avec mes chiens, je joue au tennis avec ma mère, je nage, je nettoie le terrain des pierres, je coupe du bois, bref. Je suis dehors. Si j’en ai la détarmination, je ferai peut-être un petit vlog pour montrer mon quotidien une fois de retour.
Je sais pertinemment qu’il me faudra un moment pour m’habituer à ma nouvelle-vieille vie une fois rentrée ; mais je suis sûre que rester active m’aidera à faire la transition plus facilement, en me sentant utile et en aidant ma mère.
Je ne cherche à pas susciter de pitié ou quoi que ce soit. Je me sens en réalité étonnamment optimiste pour mon avenir. J’ai l’impression que, pour une fois, j’écoute mes intuitions, mes envies et mes besoins.
Et puis, ce n’est pas parce que je rentre chez moi que Los Angeles me quitte complètement. Je rentre avec tellement de souvenirs, mais aussi tellement de leçons apprises ici. Comme le fait de ne pas prendre ma créativité trop au sérieux et de ne pas avoir honte d’essayer et d’être moi-même. Si j’ai pu agir ainsi ici, rien ne m’empêche d’agir de la même manière ailleurs.
Je suis donc assez excitée à l’idée de grandir à nouveau, de me donner à moi-même et à ma terre natale une nouvelle chance ; d’apprendre à l’apprécier et à me ressourcer là-bas. Pour que cela soit efficace, j’e devrai peut-être j’ai plutôt intérêt à commencer par les racines. Alors attention, la Corse, j’arrive… je rentre.



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